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Il peut paraître évident que pour écrire un livre, l'on fasse d'abord un plan. Cela n'a pas été mon cas ; car moi qui lisais sur les rêves depuis des années, je sentais bien qu'il manquait quelque chose à découvrir dans ce domaine, mais je ne savais pas quoi. Simplement, je voulais faire valoir un point de vue plus pratique, plus pragmatique, un point de vue concret, carrément terre à terre. Classer les rêves dans la spiritualité en faisait une science ésotérique, fumeuse, inutile, puisque inexpérimentable. Je voulais rendre le rêve à tout un chacun. Or des rangées de livres encombraient ma bibliothèque, sans que je découvre quoi que ce soit ! C'était toujours le même baratin décevant.

Et puis un jour, un livre de Mario Mercier qui n'expliquait rien, mais montrait des rêves inhabituels, d'une poésie jamais rencontrée ailleurs, (le monde magique des rêves), m'a incité à noter les miens. Et là, j'ai voulu utiliser mes piles de bouquins pour les comprendre. Las, ça ne marchait pas. J'étais toujours dans le brouillard, insatisfait. Mon sentiment de frustration augmentait par rapport à toute cette littérature incomplète, et vaine pour une bonne part. Oh, il y avait bien quelques pépites, que je vous signale d'ailleurs dans la liste des livres utiles, mais cette liste n'est vraiment pas longue !

Selon moi, tout était à revoir. Alors, comment faire un plan, dans ces conditions ? Impossible, je n'en ai pas fait. J'ai donc procédé par tâtonnements, en testant une idée, puis une autre, en recoupant des informations ou des résultats ; et c'est pour cette raison que mon travail a été si long.

Ah, il y en a eu des rages, des déceptions, des désespoirs, des colères terribles, des : "puisque c'est comme ça, j'efface tout et je recommence depuis le début" ! Pourtant rien n'aurait pu m'arrêter, tant je voulais y arriver.

Dès que j'ai pu, j'ai monté un site pour estimer mes capacités de compréhension des rêves des autres : www.songez.com qui n'existe plus aujourd'hui. J'y proposais des analyses gratuites, puisque je n'étais sûr de rien. Parfois ça marchait, parfois non. Mais tout de même, ma méthode empirique en entonnoir pour définir l'état d'esprit du rêve commençait à être efficace, même si ce travail était long à faire. La  numérotation des "épisodes" des rêves permettait aussi pas mal de découvertes. Je me sentais pousser des ailes ! C'est alors que j'ai voulu me débarrasser de la symbolique de Jung, car elle renvoyait au domaine de la spiritualité que je contestais. Je voulais du carré, du sûr et vérifiable. Or sans elle, c'était pire ! J'ai donc réintégré Jung, mais en élargissant considérablement au concret. Tout y passait : les définitions d'un dictionnaire courant, les synonymes, les dictons, et tout ça était bien utile. Là, j'en étais à 60 % de résultats positifs. C'était déjà pas mal, mais encore trop instable.

J'empilais d'autres livres. J'analysais des tas de rêves, à commencer par les miens, qui m'amenaient parfois des bouts de solutions, voire de vraies trouvailles. Mais c'est en me relisant sans arrêt, et en contestant chaque virgule mal placée, en décelant chez moi un titillement, un agacement, une insatisfaction, et même comme je vous l'ai dit plus haut une rage, que j'ai le plus progressé et affiné peu à peu ma compréhension du sujet. Oui, c'est en contestant la moindre affirmation, le moindre exercice, que j'ai avancé. Cette technique est précisément décrite dans le livre. Elle peut vous aider.

Combien de textes sont passés à la trappe ? Je ne sais pas exactement ; mais j'en ai une petite idée, car je déposais tout ce qui ne marchait plus dans un fichier spécial qui s'appelait : "réserve de textes". Cela m'a été bien utile, car j'ai du y reprendre des tactiques qui m'avaient déçu, mais qui dans un contexte différent, donnaient à nouveau satisfaction. Il reste actuellement 118 000 mots dans ce dossier, soit 58 pages bien tassées. Reste aussi les 2936 pages de notes manuscrites au format 24 X 32, les milliers de correspondances sur Internet, les milliers de conversations au gré des rencontres, etc.

  Bref, c'est la remise en cause permanente, qui a dominé l'écriture de ce livre.